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Philippe LE TOURNEAU

 

 

Quelques personnalités familiales
(en ordre alphabétique par nom de famille)

Jean d’Arcet (1634-?), notaire royal à Doazit (actuel département des Landes), épousa en 1698 Marguerite Violle (1637-1707).

Jean d’Arcet (1659-1727), juge royal à Doazit, épousa en 1693 Marie de Labeyrie Hourticat (1667-1702). Jean était le fils du précédent.

François Antoine d’Arcet (1695-1773), fils de Jean d’Arcet (1659-1727) et de Marie de Labeyrie Hourticat. Lieutenant général du baillage de Gascogne ; il bénéficiait d’une certaine notoriété, due au fait que jamais une de ses décisions ne fut réformée par le Parlement de Bordeaux. Il épousa en 1723 Marguerite d’Audignon (1697-1728, fille d’un avocat) puis, après son veuvage, Jeanne-Marie d’Arbins (1708-1788), veuve de Léon de Cès. François d’Arcet avait un frère, Marc-Antoine d’Arcet, colonel, chevalier de Saint-Louis.

Jean d’Arcet (1725-1801), fils de François Antoine d’Arcet et de Marguerite d’Audignon. A la fin de ses études secondaires, Jean d’Arcet refusa d’envisager de succéder à son père dans la magistrature, et donc de suivre des études de Droit (d’autant qu’il était très attiré par les sciences naturelles ; de plus, il était en mauvais terme avec sa belle-mère, la seconde femme de son père). Son père, fâché, lui refusa toute aide (et le deshérita, faisant passer le droit d’aînesse au premier fils du second lit), ce qui le conduisit à chercher une situation. En 1741, il devint secrétaire de Montesquieu, et précepteur de son fils Jean-Baptiste (nettement plus âgé que Jean d’Arcet!). Il contribua largement aux recherches pour L’Esprit des lois. Montesquieu mourut dans ses bras, à Paris, en 1755 (il suivit le convoi funèbre et assista aux obsèques à Saint-Sulpice, le 11 février). 

Après avoir participé à la guerre de Sept Ans, à la demande et aux côtés du duc de Brancas, avec lequel il était très lié (qu'il avait sasn doute connu chez Montesquieu), il faillit être tué à la bataille de Hastenbeck (26 juill. 1757). Docteur en médecine (le 22 mars 1764, avec une thèse intitulée An in oedamate vesicantia sacrificationibus tutoria?), conseiller du Roi, il fut professeur de chirurgie à la Faculté de médecine de Paris, régent (doyen) de celle-ci, et professeur au Collège royal (l'actuel collège de France), à l’instigation du duc de Lavrillière, où il fut le premier, depuis sa création en 1530, à donner en français et non en latin sa leçon inaugurale de géologie (L’Etat actuel des montagnes des Pyrénées et les causes de leur dégradation, réédité en fac simile par C. Lacour, Nîmes, 1999). Après un voyage dans les Pyrénées, il préconisa la construction d’un observatoire au Pic du Midi (qui intervint bien plus tard). Directeur de la Manufacture de Sèvres, inspecteur de la Monnaie et des Gobelins, sénateur (il fut appelé le Premier sénateur de France, parce qu’il fut appelé le premier à siéger au «Sénat conservateur », créé par la constitution de l’an VIII). Il avait épousé en 1771 Françoise Rouelle (1752-1788) ; assistèrent notamment à son mariage, les ducs d’Orléans et de Brancas, Lamoignon et Malesherbes. Associé à l’Académie royale des sciences en 1784, il en devint membre titulaire en 1786, sous-directeur en 1792, puis directeur en 1793, peu avant sa suppression par la Convention (le 8 août 1793). Dès la création de l’Institut, il y fut nommé par le Directoire exécutif, le 20 novembre 1795, à la nouvelle Académie des sciences (section d’histoire naturelle et minéralogique).

Auteur de mémoires scientifiques, il créa en France l’art de la porcelaine dure, perfectionna les teintures et la savonnerie, découvrit notamment la soude artificielle (dont les conséquences furent considérables), ainsi que « l’alliage d’Arcet » (celui-ci permit la stéréotypie, et contribua ainsi au développement de la typographie, qui révolutionna l’imprimerie et permit donc une plus grande diffusion des livres). Il avait été inquiété pendant la Terreur en raison de ses amitiés royalistes, et inscrit sur les listes de proscription de Robespierre ; mais Fourcroy (chimiste réputé, son collègue à l’ancienne Académie des sciences), membre modéré de la Convention, se saisit des dénonciations sous prétexte de les examiner, fit traîner l’affaire, et le défendit avec succès. Jean d’Arcet habitait quai Voltaire, en face du château des Tuileries. Le 10 août 1792, il cacha un officier des Suisses (la garde royale), échappé du massacre des Tuileries, qu’il aida à s’enfuir le lendemain. L’éloge funèbre de Jean d’Arcet fut prononcé par Fourcroy, devenu Conseiller d’Etat, en présence du Sénat, de l’Institut et des corps constitués.

Une dizaine d'années avant la Révolution, Paris fut agité par un vif débat relatif au magnétisme animal, sur lequel le Viennois Franz Mesmer entendait pratiquer une nouvelle forme de médecine. Condorcet ayant dissuadé l'Académie des sciences de s'en mêler, le pouvoir nomma en 1778 une commission chargée d'étudier la question. Elle était composée de membres de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine: d'Arcet, Bailly (futur maire de Paris), Guillotin (qui inventa plus tard l'horrible appareil portant son nom), Jussieu, Lavoisier et Benjamin Franklin. Celui-ci, un des "pères fondateurs" de la république américaine, résidait en ce moment à Paris (où il resta de 1776 à 1785), en tant que ministre plénipotentiaire. Du fait de sa réputation scientifique, qui était considérable, il avait été nommé associé étranger de l'Académie des sciences en 1773 et de l'Académie de médecine en 1777.

Jean-Pierre d’Arcet (1738-1791), fils de François d’Arcet. Avocat au Parlement, marié à Hélène du Plantier (1749-1781), puis en secondes noces à Marie de Labeyrie Hourticat (1753-1836) ; son grand-père François Antoine d’Arcet (1659-1727) avait déjà épousé une Marie de Labeyrie Hourticat (1667-1702).

Jean-Pierre-Joseph d’Arcet (1777-1844), fils de Jean d’Arcet (1724-1801). Il assista à la Fête de la Fédération avec son père, invité par le duc d’Orléans sur l’estrade couverte de la famille royale, donc tout près du Roi. Ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1801), commissaire général puis directeur de la Monnaie, membre du conseil du Conservatoire des Arts et Métiers, membre de l’Académie des sciences (élu le 3 févr. 1823, section de chimie) et de l’Académie de médecine (dès sa fondation), des Académies de Genève et de Liège, auteur d’ouvrages scientifiques, officier de la Légion d’honneur, commandeur de Sainte-Anne (ordre russe), «Grand cordon» de Saint-Michel (le Grand cordon était la dignité la plus élevée d’un ordre, correspondant à l’actuelle Grand croix). Il fut un précurseur de l’ergonomie, l’inventeur de la médecine du travail et de diverses inventions scientifiques ou pratiques (notamment de systèmes de ventilation, d’appareils de protection et de sécurité du travail). Il contrôla, en 1811, la qualité des métaux dans la construction de la colonne Vendôme ; plus tard, il supervisa la dorure du dôme des Invalides, et enduisit d’un mastic indestructible la coupole du Panthéon. Il ne porta jamais et ne fit pas enregistrer le titre de baron qui lui avait été décerné en 1819 par le Roi Louis XVIII. Il était l’ami de nombreux savants de son temps, notamment, Arago, Becquerel, Berthollet, Chaptal, Cuvier, Foucroy, Gay-Lussac, Monge, Saint-Hilaire, T. de Saussure, le baron Thénard. Il écrivit plus de 200 mémoires scientifiques sur des sujets les plus variés. Il avait épousé Claire Choron (1787-1871), fille d’un fermier général.
On trouvera sur ce site quelques pages des souvenirs historiques dictés par J.-P.-J. d’Arcet à une de ses filles.

Charles Félix d’Arcet (1807-1847), fils du précédent, était chimiste, docteur en médecine et chirurgien. Il fut envoyé en mission scientifique en Egypte et en Syrie, lors d’une épidémie de peste, pour en étudier les effets et les moyens d’y porter remède. Bien avant Pasteur, il militait en faveur des antiseptiques. Aussi, pour montrer la valeur de la désinfection chlorée, il n’hésita pas à endosser des vêtements de pestiférés à même la peau, après les avoir trempés dans une solution antiseptique ; l’effet psychologique fut énorme sur les populations. La croix de la Légion d’honneur lui fut décerné à son retour, avec dispense d’âge (il n’avait que 17 ans). Envoyé en mission scientifique au Brésil, l’Empereur Pierre II lui demanda de créer l’industrie chimique et de fonder l’enseignement de la chimie. Mais il mourut (brûlé par l’explosion d’une lampe à pétrole!) alors qu’il allait se rendre en France pour chercher du matériel. Il avait publié plusieurs brochures scientifiques. Au Brésil il porta le titre de baron, donné à son père par le Roi Louis XVIII, mais qui n’avait pas été enregistré.

La famille d’Arcet était apparentée à celle de Flaubert. Celui-ci était un ami d’enfance de Charles Félix d’Arcet ; sa correspondance comporte de nombreuses mentions relatives aux d’Arcet, et relate à deux reprises la tristesse que lui inspira la mort de Charles Félix et les circonstances de celles-ci. La branche de cette famille est éteinte.

Francis Argod (1769-1799), sous-officier au Royal Champagne en 1786, il participa après la Révolution au siège de Toulon et aux campagnes d’Italie. Général de brigade en 1799, il mourut cette même année à la bataille de Cassano.

Albert Barbe (1831-1907), ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1851), fit les campagnes d’Italie, de Crimée et du Mexique. Dans l’armée de Bazaine pendant la guerre de 1870, il fut compris dans sa capitulation, et interné à Coblentz. Général (de brigade en 1881, de division en 1892), directeur de l’École polytechnique (1886-1888), inspecteur général de l’artillerie, commandeur de la Légion d’honneur. Il épousa Marguerite de la Villegile (1846-1898) ; il en eut deux enfants, dont Paul (1881-1940), général de division, tué au début de la seconde guerre mondiale (il avait épousé Elisabeth de Schaeck, 1902-1956).

Hubert Beuve-Méry (1902-1989), docteur en droit, il fut nommé en 1928 professeur de Droit international à l’Institut français de Prague, où il resta jusqu’à l’invasion allemande. Correspondant du Temps, il n’eut de cesse de dénoncer la menace du national-socialisme, puis il critiqua vivement les accords de Munich et, dans un livre publié en 1939 (Vers la plus grande Allemagne), il dénonça le nazisme, tout en prônant une nouvelle Europe, alliant la démocratie et l’ordre comme le primat de l’homme et l’efficacité. En France, sous l’occupation, il entra au conseil de rédaction d’Esprit (avec notamment Emmanuel Mounier, Gabriel Marcel et André Philip). A l’instigation de l’abbé René de Naurois (futur Compagnon de la Libération), il devint professeur à l’école d’Uriage. Lorsque celle-ci fut dissoute par Laval, à la fin 1942, il entra dans la Résistance, où il eut une activité importante. A la Libération, il fonda Le Monde, à la demande du général de Gaulle, dont il resta le directeur jusqu’en décembre 1969. Il fut notamment membre du conseil d’administration de France-Presse et de l’Institut Pasteur, président du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (1973-1979), professeur associé à l’Université Paris I. En 1974, il publia ses éditoriaux sur de Gaulle et le gaullisme sous le tite Onze ans de règne. Il avait auparavant publié d'autres ouvrages : Théorie des pouvoirs publics d'après François de Vitoria et ses rapports avec le droit contemporain, éd. Spes, 1928 ; Réflexions politiques 1932-1952, Le Seuil, 1951 ; Le suicide de la IVe République, Cerf, 1958.

Nota. Du temps de Beuve-Méry (et de ses premiers successeurs), Le Monde était un journal sérieux d’information (non la feuille de rumeurs de caniveau et d’insinuations malveillantes qu’il est devenu).

Pierre de Borrit (né en 1581), Prévôt royal de Saint-Sever d'Adour ; il épousa le 2 février 1613 Esther Marguerite de Beauregard de Benquet. Leur fils Jean-Jacques de Borrit épousa en 1652 Jeanne de Labat. Ils eurent quatre enfants, dont Marguerite de Borrit, qui épousa le 22 septembre 1693 Pierre dAndignon (né le 3 janv. 1697), père de Marguerite dAndignon qui épousa en 1723 François Antoine d’Arcet (voir la notice de ce nom).

Marcel Brion (1895-1984), licencié en Droit, brièvement avocat à Marseille aux côtés de son père, romancier d’inspiration poétique et fantastique, il fut aussi un biographe et un auteur d’études littéraires, attiré à la fois par la culture méditerranéenne et par la littérature germanique. Il est l’auteur d’une centaine d’ouvrages, dont beaucoup furent traduits. Grand prix national des lettres en 1979, Marcel Brion fut élu à l’Académie française en 1964. Officier de la Légion d’honneur (à titre militaire), commandeur des Arts et des lettres. Parmi ses nombreuses œuvres disponibles, Les Labyrinthes du temps ; rencontres et choix d’un européen (José Corti, 1994), Léonard de Vinci (Albin Michel, nouvelle édition 1995), Michel-Ange (Albin Michel, nouvelle édition 1995), Mémoires d’une vie incertaine (Klinksieck, 1997) ; Suite fantastique (Klinksieck, 2000) ; Orplid, ou une certaine idée de l’Allemagne (Klinksieck, 2002) ; Mozart (Perrin, nouvelle édition 2005). Et, sur lui, (collectif), Marcel Brion, Humaniste et «passeur» (Albin Michel, 1996).

Son fils, Patrick Brion, est l’auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma. Notamment sur des réalisateurs : Hitchcock (2000) ; Clint Eastwood (2001) ; John Ford (2002) ; John Huston (2003) ; Martin Scorsese (2004). Ou sur des thèmes et des catégories : Le Cinéma fantastique : les grands classiques américains (1994) ; Le Cinéma d’aventure : les grands classiques américains (1995) ; Le Cinéma de guerre : les grands classiques américains (1996) ; Le Western (1996) ; La Comédie américaine : les grands classiques américains (1998) ; Le Film noir : l’âge d’or du film criminel américain, d’Alfred Hitchcock à Nicholas Ray (2004) ; Cinéma français: 1895-2005 (2005).

Baron Jules Cloquet (1790-1889), docteur et agrégé en médecine, professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine dès sa création (dont il fut président), commandeur de la Légion d’honneur. Il fut un élève du père de Flaubert, un grand ami et le médecin du marquis de La Fayette (dont il ferma les yeux sur son lit de mort) et de Gustave Flaubert (qui cite son nom une centaine de fois dans sa correspondance, généralement sous les titres « le cher ami » ou « le professeur » ; elle comprend aussi un certain nombre de lettres à Jules Cloquet ou à sa femme). Il effectua plusieurs voyage avec Flaubert, et il lui conseilla son grand voyage en Orient, pour calmer ses troubles nerveux. Il était aussi l’ami de Dumas, de Michelet, d’Augustin Thierry, qu’il recevait dans sa propriété. Il était un « familier des Tuileries » (selon A. Decaux, c’est-à-dire un familier de l’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice Eugnénie). Il est l’auteur de la première biographie de La Fayette (qui fut traduite en anglais) et d’ouvrages scientifiques (dont un Manuel d’anatomie descriptive du corps humain, en six volumes, comprenant 340 planches, réédité en 1998 par les éditions Louis Pariente). Il fut le professeur du baron Larrey, qui prononça son éloge funèbre à l’Institut. La nièce de Flaubert, Caroline Commanville, peignit un portrait de Jules Cloquet, qui fut exposé au salon de 1879, et qui est conservé à la bibliothèque de l’Académie de médecine.

Baron Ernest Cloquet (1818-1855), fils du précédent, docteur en médecine, ambassadeur de France en Perse (actuel Iran), il joua un rôle important dans la diplomatie française en Orient à cette époque. Il fut le médecin de Méhémet, Shah de Perse.

Charles Coffin (1676-1749), chanoine, recteur de l’Université de Paris de 1718 à 1721. Il demanda au Régent, et obtint de Louis XV, que l’enseignement devienne gratuit (et il demeura tel jusqu’en 1793). Ses œuvres furent publiées en deux volumes après sa mort. Il rédigea une grande partie du bréviaire parisien de 1736, et de nombreuses pièces pour la messe (séquences, hymnes, motets, dont l’abbé Brémond fit un grand éloge, qualifiant Coffin de « prince des poètes latins », le défendant contre les critiques de Dom Guéranger). Son frère était conseiller au Parlement de Paris. Leur famille est d’origine italienne. Un de leurs ancêtres arriva en France avec Marie de Médicis, dont il fut maître de chapelle. La famille Coffin est éteinte.

Flaubert. Voir les notices de Charles Félix d’Arcet, de Jules Cloquet, de James et de Louise Pradier. - Lors du procès intenté contre Flaubert après la publication des Fleurs du mal, Jules Cloquet et Louise Pradier se rendirent au château des Tuileries, où ils avaient leurs entrées, pour prier lImpératice de demander à lEmpereur dintervenir en faveur dun acquittement (à cette époque, lindépendance de la magistrature était très relative...).

Vicomte François Grouvel (1776-1836), serait un cousin éloigné de Philippe Antoine Grouvelle, selon la tradition familiale (qui nous semble douteuse), mais d’une branche qui aurait conservé l’orthographe ancienne du nom de la famille. Général (de brigade en 1813, de division en 1825 [lieutenant général]), il fut créé baron héréditaire en 1816, puis vicomte héréditaire en 1824. Inspecteur général de la cavalerie, puis de la remonte, de 1831 à sa retraite en 1836. Grand officier de la Légion d’honneur. Il eut une fille et deux fils, dont François-Félix (1818-1895), ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1836), général (de brigade en 1874, de division en 1879), commandeur de la Légion d’honneur.

Alexandre Antoine Grouvelle, fils de Jean-François Grouvelle (orfèvre, frère de Philippe Antoine), époux de Constance Savot (1807-1892), chevalier de la Légion d'honneur. En tant que maire adjoint du VIIIe arrondissement de Paris, Alexandre Antoine prononça le mariage de Claude Monet et de Camille Doncieux (28 juin 1870) ; les témoins étaient Manet et Courbet (fac simile dans M. Alphant, Claude Monet, une vie dans le paysage, Hazan, 1993, p. 193). Son fils Jules Emile (1827-1892) fut Procureur impérial.

Philippe Antoine Grouvelle (1757-1806), fils de Henri-François Grouvelle (1724-1767) et de Marie-Antoinette Gersaint (Henri-François Grouvelle était orfèvre à Paris, comme son propre père, quai des orfèvres, à l’enseigne "A la tête noire", quai des Orfèvres ; les orfèvres de Paris, corporation prestigieuse, jouissaient à l’époque d’une renommée mondiale ; il existait encore une orfèvrerie Grouvelle au XIXe siècle, à la même enseigne, mais elle n’était plus tenue par un membre de la famille). Philippe Antoine Grouvelle fut d’abord clerc de notaire, puis secrétaire des commandements [directeur de cabinet] du Prince de Condé à Chantilly, poste où il succéda à son ami l’écrivain Chamfort (le prince de Condé qu’il servit, Louis-Joseph de Bourbon [1736-1818], cousin du Roi, est le grand-père du duc d’Enghein [1772-1804] ; il avait épousé Charlotte de Rohan Soubise). Comme Mirabeau, avec lequel il était en relation et en correspondance, il était persuadé de la nécessité de faire entrer la France dans l’égalité sous l’égide et la protection du Roi, de créer une démocratie royale (voyez, à propos de Mirabeau, C. Zorgbide, Mirabeau, essai, éd. de Fallois, 2008 ; J.-P. Desprat, Mirabeau, L’excès et le retrait, Perrin, 2008) ; depuis longtemps, la bourgeoisie éclairée considérait la monarchie représentative comme souhaitable. Il voulait donc que la Révolution fut modérée (voir plus loin ses remarques à propos de Montesquieu). Acquis à la Révolution dans ces conditions, Philippe Antoine Grouvelle fut nommé secrétaire du Conseil exécutif provisoire en 1792 (de sorte qu’il eut l’horrible fonction d’aller au Temple, en compagnie du ministre de la justice, annoncer à Louis XVI, le 20 janvier 1793, la sentence de mort). Modéré, il s’était élevé contre la Montagne et les Montagnards (nom donné aux extrémistes pendant la Révolution, parmi lesquels Robespierre et Saint-Just), ce dont témoigne un poème d’André Chénier. Mais il échappa à la guillotine, ayant été envoyé à Copenhague comme ambassadeur, fonction qu’il occupa de juillet 1793 à décembre 1799 (à Copenhague, il rencontra Portalis qui s’y était exilé, et il y connut le peintre Allemand Friedrich). Revenu en France, il fut élu député de la Seine au Corps législatif en 1800, réélu en 1802, membre correspondant de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques). Sa carrière publique s’acheva avec l’Empire, Napoléon ne l’appréciant pas (réprouvant sa nostalgie de la royauté). Sur la première page des actionnaires de la Banque de France, à la création de celle-ci en 1800, figure le nom de Grouvelle, à coté de ceux de Bonaparte, d’Hortense de Beauharnais, de Bourrienne, de Duroc et de Murat. Il mourut à Varennes-Jarey dans l’actuel département de l’Essonne, où il habitait à cette époque (et non pas Varennes en Argonne [Meuse] où fut arrêté Louis XVI, contrairement à ce qu’écrivent nombre de compilateurs ignares, se recopiant les uns les autres, comme l’éditeur Jean de Bonnot). Il avait épousé Pauline d’Arcet (1780-1844).

Peu avant la Révolution, Philippe Antoine Grouvelle avait fondé, avec Cerutti et Rabaud de Saint-Etienne, un journal, La Feuille vilageoise, dans lequel il publia des articles et des poèmes. Il est l’auteur ou l’éditeur de plusieurs ouvrages (dont une pièce qui avait été jouée devant Marie-Antoinette à Versailles et appréciée par elle, Les Prunes), notamment La Satire universelle (1788, pamphlet contre Rivarol), De l’Autorité de Montesquieu dans la révolution présente (Paris, 1789), Mémoires historiques sur les Templiers (1806), Mémoires de Louis XIV (1806 ; il est le dernier à avoir eu le manuscrit intégral entre les mains, on ne sait pas ce qu’il est devenu), la première édition en ordre chronologique des Lettres de Madame de Sévigné (11 vol., Paris, 1806). Il était l’ami de Condorcet et de Lavoisier, et avait connu Voltaire.

De l’Autorité de Montesquieu dans la révolution présente fait l’éloge de certains éléments de L’Esprit des lois, assorti d’une vive et pertinente critique d’autres aspects. L’auteur admire beaucoup Le Contrat social de Rousseau et les théories fumeuses de celui-ci. Philippe Antoine Grouvelle plaide pour la liberté, l’égalité, la suppression des privilèges, la généralisation de l’instruction, notamment pour les femmes, etc. Mais il entend surtout montrer que la France n’a pas de constitution, et qu’il est nécessaire que les États Généraux lui en donne une. Il ne développe pas son contenu, tout en indiquant qu’elle doit prévoir un Roi et un Corps représentatif (une assemblée) ; que le Roi doit conserver un pouvoir certain, précisant que « l’excessive diminution de l’autorité royale a de grands dangers » (p. 54). Il voit bien que cela ne sera pas facile : « Les États Généraux vont naviguer entre deux écueils, la rigueur inconciliante (sic) des principes, et la molle ou perfide ressource des palliatifs ; la route est périlleuse pour leur inexpérience » (p. 125). Il écrit en note p. 125 que « L’Histoire réserve à Louis XVI la plus belle place qu’aucun Roi de France ait occupé dans ses fastes », pour avoir rétabli la liberté et l’égalité.

Nota. La majorité des nobles, parmi les plus grandes familles, et, a fortiori, des bourgeois adhéra avec enthousiasme aux idées de 1789, avant de se détacher de la Révolution devant la tournure prise par celle-ci. Du reste, les députés de la Convention povenaient majoritairement de la noblesse et de la bourgeoisie. Aux Etats Généraux, certains grands noms du royaume, gagnés aux "Lumières", défendaient les idées nouvelles, notamment le prince de Poix et son frère le compte de Noailles, le vicomte Matthieu de Montmorency, Stanislas de Clermont-Tonnerre, le prince Victor de Broglie, le duc d'Aiguillon, le marquis de Montesquiou, le duc de La Rochefoucauld, son cousin le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, le duc de Luzun, etc. Quant à Chateaubriand, il avait été séduit par les idées génénrales de liberté et de dignité humaines formulées par la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Philippe Grouvelle (1799-1866), fils de Philippe Antoine. Chimiste (élève de Thénard) et ingénieur, Philippe Grouvelle fut inventeur dans le domaine de la chaleur, du chauffage, de la ventilation et d’appareils médicaux, ainsi qu’auteur d’ouvrages scientifiques (dont Le Guide du chauffeur et du propriétaire de machines à vapeur ou essai sur l’établissement, la conduite et l’entretien des machines à vapeur; précédé de principes pratiques sur la construction des fourneaux, qui eut quatre éditions, la première datant de 1830, la dernière de 1859 ; le chauffeur s’entend ici de la personne qui est chargée d’entretenir le feu de la machine). Il fonda une entreprise de chauffage central, qui subsista jusque dans les années 1960 ; elle fut chargée d’installer le chauffage dans de nombreux monuments (dont le Petit Palais à Paris, comme en témoigne une inscription dans le pérystile). A l’entrée du musée monétaire (hôtel de la Monnaie, quai Conti à Paris), une plaque en bronze porte l’inscription «Philippe Grouvelle, Ingénieur civil». Philippe Grouvelle avait épousé Louise Coffin (1818-1881).

Laure Grouvelle (1802-1856), fille de Philippe Antoine, qui eut une conduite héroique lors de la terrible épidémie de choléra de 1832 à Paris (et fut décorée à ce titre) ; hostile à Louis-Philippe, elle fut impliquée faussement par un agent provocateur du préfet Delessert (en 1838), dans le procès d’un conspirateur (Huber), et fut condamnée à cinq ans de détention (malgré sa défense par Jules Favre, avocat célèbre et député). Emprisonnée à Clairvaux (où elle fut accompagnée par sa femme de chambre), elle y perdit la raison ; elle fut ensuite transférée à Montpellier puis à Angers où elle mourut ; elle était liée à Arago (qui l’avait demandée en mariage), Dumas (qui parle d’elle dans ses mémoires), Lamennais, Mérimée (le père de celui-ci, peintre assez connu en son temps, auteur d’un Traité de la peinture à l’huile, secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, fit d’elle un beau portrait romantique, très admiré par Dumas). Elle avait été membre du bureau de l’association pour l’instruction du peuple.

Lors de l’épidémie de choléra, il y eut à Paris 20.000 morts entre avril et juillet 1832, dont le premier ministre, Casimir Périer, et le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, Cuvier (grand ami de son cousin Jean-Pierre-Joseph d’Arcet).

Elle fut un moment emprisonnée avec Marie Lafarge (1816-1852), qui en parle dans ses mémoires. Cette femme, fille naturelle du duc d'Orléans (Philippe Egalité)  avait été condamnée pour avoir empoisonné son mari (il semble qu'en réalité celui-ci soit mort de la fièvre typhoïde). Son procès avait passionné toute la France (L. Adler, L'Amour de l'arsenic: histoire de Marie Lafarge, Denoël, 1986).

Antoine Henri Grouvelle (1843-1917), ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1861), petit-fils de Philippe Antoine et fils de Philippe ; directeur général des manufactures des tabacs, président de la société entomologiste de France. Il découvrit un certain nombre de coléoptères. Chevalier de Légion d’honneur, commandeur de l’ordre du Soleil levant (Japon). Auteur d’ouvrages scientifiques sur les coléoptères et sur diverses inventions (relatives à l’industrie du tabac). Antoine Grouvelle fut un familier de Sadi Carnot (Président de la République de 1887 à 1894) et de Félix Faure (Président de la République de 1841 à 1899). Il rencontra le duc d’Aumale. Il épousa Agnès de Lacerda (1850-1934, descendante du Prince Ferdinand de Lacerda), qui était orpheline (c’est sa grand-mère, veuve d’Antoine François de Lacerda [1798-1872], née Angélique de Sampaio Vianna [1807-1877], qui autorisa le mariage). Ils eurent deux filles, Louise (Mme Maurice Travers) et Marie (Mme Marcel le Tourneau). La famille Grouvelle est éteinte. Agnès de Lacerda a tenu un journal pendant le siège de Paris et la Commune (1870-1871), qui se trouve sur ce site.

Liliane Guerry (1916-2006), docteur ès lettres, directrice du département d’esthétique au CNRS, créatrice et directrice de la collection L’esprit et les formes (Klinksieck), auteur d’ouvrages sur l’esthétique, dont Jean Pélerin Viator, sa place dans l’histoire de la perspective (Les Belles lettres), Fresques romanes de France (Hachette), ou Cézanne et l’expression de l’espace (Albin Michel, 2e éd., 1995). Médaille d’or du CNRS. Liliane Guerry était la femme de Marcel Brion.

Prince Ferdinand de Lacerda, « infant » de Castille et de Léon (Espagne), fils de Ferdinand de Lacerda (1254-1275), Roi de Castille et de Léon, et de Blanche (née en 1253), 8e enfant de Louis IX, Roi de France (saint Louis).

Antoine de Lacerda (1834-1885), oncle d’Agnès de Lacerda, ingénieur, industriel, créa et fut un des principaux actionnaires de la compagnie des transports de Bahia, constructeur de " l’ascenseur hydraulique de la Conception " de Bahia, appelé depuis ascenseur Lacerda (qui fut considéré à l’époque comme une prouesse technique). Il avait épousé Adèle de Montobio (une Belge) puis, après son veuvage en 1877, Julie Navarro da Cunha Menezes.

Alban Laibe (1881-1956). Ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1902), Alban Laibe avait choisi l’armée, et avait été officier au Sahara de 1908 à 1912. Il fut d’abord nommé à Ménaka (situé à 300 km à l’est de Gao, au sud de l’Adrar des Iforas, actuel Mali, et à 200 km au nord de Niamey, actuel Niger), où il crée un poste, pacifia les Touareg Oulliminden, et créa les premières unités méharistes opérationnelles régulières. En 1911, il devint l’adjoint au commandant du cercle d’Agadez (dans l’actuel Niger, devenue aujourd’hui une ville de 100 000 habitants), et commanda le groupe monté d’Azbin. En 1912, il participa aux reconnaissances de la partie transsaharienne du projet de chemin de fer transafricain, étudiant le tronçon de Silet (à proximité de Tamanrasset, ermitage du Père de Foucauld auquel il rendit visite) à Ansongo, sur le Niger, près de Gao. Il démissionna de l’armée en 1913, pour se marier et devint directeur d’une usine. Pendant la guerre de 1914-1918, capitaine, il commanda une batterie de l’artillerie lourde, fut blessé et gazé à la fin de 1917. Il redevint directeur d’une usine, poste qu’il quitta en 1922 pour fonder à Paris l’Agence Coloniale Française, qui publiait un quotidien du soir d’informations économiques et financières intitulé Agence française & coloniale et un hebdomadaire (La Semaine coloniale). Il fut administrateur de plusieurs sociétés. Officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’Ordre de l’Etoile d’Anjouan et du Nichan Iftikar, croix de Guerre 1914-1918, médaille coloniale. Il avait épousé Marie Grouvelle, veuve de Marcel le Tourneau (décédé en 1912); c'est donc lui qui éleva Jean-Jacques le Tourneau, et les enfants de celui-ci le considérèrent comme leur grand-père. La famille Laibe est éteinte.

Alban Laibe écrivit des notes de route sur son aventure saharienne, Au pays des hommes voilés. Ce texte a été publié en 2007, avec des photos de l’auteur, par les éditions Mémoires d’hommes, 9 rue Chabanais, 75002 Paris ; memoiresdhommes@wanadoo.fr. (690 pages, 35 euros frais de port compris). Il s’agit d’un ouvrage la fois ethnologique, ethnographique, historique et géographique.

Joachim Lebreton (1760-1819, mort au Brésil), professeur de philosophie, membre du Tribunat (sous le Consulat), membre de l’Institut (dès sa création), un des organisateurs du musée du Louvre. Il fut le premier Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux Arts. S’étant opposé avec véhémence, à la Restauration, contre la confiscation des collections du Louvre voulue par Wellington (à qui il reprocha le vol des frises du Parthénon) et contre la restitution des œuvres saisies par Napoléon, il s’exila au Brésil avec un groupe de peintres et d’artistes. Il y fonda une Académie des Beaux Arts, dont il fut le premier Secrétaire perpétuel. Il publia plusieurs ouvrages de rhétorique. Il avait épousé Julie-Anne d’Arcet (1772-1856).

Francisco Moniz Barreto de Aragao (1846-1922), d'une famille installée au Brésil depuis le XVIe siècle ; juriste formé à l’Université d’Heidelberg (Allemagne), journaliste et écrivain. Il avait épousé Ana de Lacerda (1850-1946), élevée en France et en Angleterre), sœur d’Antoine de Lacerda.

Egas Moniz Barreto de Aragao (1870-1924 ; dans sa jeunesse, il ajoutait souvent à son nom celui dune branche de sa famille " Sousa Menezes "), fils de Francisco Moniz Barreto de Aragão et dAna de Lacerda. Il épousa sa cousine Elisa de Lacerda Valente (1874-1964). Docteur en médecine, médecin hospitalier, professeur de français puis d'allemand au lycée de Bahia, professeur à la Faculté de médecine de la même ville (à partir de 1907), poète (sous le pseudonyme de Pethion de Villar), élu député en 1921, collaborateurs de nombreuses révues brésiliennes et étrangères dans le domaine médical et littéraire, membre correspondant de l'Académie de médecine de Paris et de plusieurs autres institutions étrangères. Il rédigea directement en français de nombreux poèmes, publiés dans divers revues françaises et suisses, admirés notamment par Rostand et Zola. Ses œuvres poétiques complètes ont été publiées (Poesia completa, MEC, 1978, 506 pages). D'autre part, une étude leur a été consacrée par A. Gouveia, Pethion de Villar, Chevalier du Rêve et de l'Idéal. - Interprétation du Symbolisme (édition Beneditina, Bahia, 1970). Voir aussi C. Veiga, O Poeta Pethion de Villar : Una figura romanesca (éditora Record, Rio de Janeiro, 2001).

Bertrand le Tourneau (né en 1937), ingénieur agronome, archéologue, historien spécialiste des Celtes. Auteur de Les temples sacrés de pierre taillée des lieux-dits Chalencon et Chalancon (2008, 230 p., 19 euros ; traite des aspests préhistorique et celtique des lieux portant ce nom en Ardèche, dans la Drôme et en Haute-Loire ; diffusion : www.labouquinerie.com). Producteur en 2008 d’un film (en DVD) sur l’Oppidum des Hauts de Lamastre (Ardèche), en collaboration avec le cinéaste André Aziosmanoff (pour se procurer le film et pour toute demande de renseignements, contacter : andre.azios@free.fr).

Mgr Dominique le Tourneau (né en 1942), Docteur en Droit canonique, prêtre, chapelain de Sa Sainteté, professeur invité à l’Université de Navarre, juge ecclésiastique, membre de la Commission régionale de l’Opus Dei en France, commandeur de l’Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, auteur notamment de L’Église et l’État en France (PUF, 2000), Jean-Paul II (PUF, 2004), Les Mots du christianisme, catholicisme, orthodoxie, protestantisme (742 p., Fayard, 2005), Manuel de Droit canonique, Wilson & Lafleur (Montréal, 2011, distribution en France éd. Le Laurier, Paris, 39 euros. - Ce manuel présnte l'ensemble du Droit canonique, latin et oriental, de manière systématique et accessible même au public non spécialisé).

Jean le Tourneau, Procureur du Roi en la sénéchaussée et siège présidial d’Angers au XVIIIe siècle.

Marcel le Tourneau (1874-1912), d’une famille originaire de Saint-Sylvain d’Anjou, qui s’était installée à Paris en 1846 (27 rue de l’Université, où il naquit et mourut). Elle comptait un architecte de père en fils depuis de nombreuses générations (auparavant ils avaient surtout été « maîtres charpentiers » à Angers. Les membres de cette corporation, celle de saint Joseph, exerçaient un art de haute technicité et de prestige qui était, jusqu’à la révolution industrielle, réservé à une élite par initiation, selon J. Paternot et G. Veraldi, dans Dieu est-il contre l’économie ? éd . de Falois, 1989, p. 158). Fidèle à la tradition, Marcel le Tourneau fut architecte DPLG, mais aussi archéologue et expert près la cour d’appel de Paris. Après plusieurs voyages d’étude en Italie, Grèce (Météores et Thessalie), Liban, Tunisie et Turquie, il fut chargé de missions scientifiques par le Gouvernement français à Salonique (alors dépendant de l’Empire ottoman), « relatives à l’archéologie byzantine ». Au cours de celles-ci (en 1901, 1903, 1905, 1907, 1908, 1909, 1910 et 1912), il découvrit et restaura les célèbres mosaïques. Il donna à l’Académie des Beaux Arts des communications sur ses travaux, exposa en 1903 et 1904 au Salon des Artistes Français des aquarelles des oeuvres découvertes, et il publia des ouvrage (Les Mosaïques de Sainte-Sophie de Salonique, avec C. Diehl, membre de l’Institut, 1908 ; Les Mosaïques de Saint-Démétrius de Salonique, avec C. Diehl, 1911 ; Les Monuments chrétiens de Salonique, avec C. Diehl et H. Saladin, 1918). Certaines mosaïques de Salonique disparurent dans le grand incendie qui ravagea cette ville en 1918, de sorte que leur représentation ne subsiste que par les clichés et les aquarelles de Marcel le Tourneau. Il avait construit des immeubles et hôtels particuliers à Paris (dont certains furent primés), des châteaux et des usines en province. Il mourut jeune d’une maladie contractée en Grèce lors de sa mission de 1912. 

Il avait épousé Marie Grouvelle (1883-1969), descendante du Prince Ferdinand de Lacerda. Sur la suggestion de son directeur spirituel (labbé de Gibergues) elle fut assistante sociale bénévole dans un quartier populaire de Paris, où régnait une pauvreté effroyable; elle y travailla avec le docteur Robert Proust, frère de Marcel, qui l’appréciait. Pendant la guerre de 1914, elle fut infirmière bénévole de la société française de secours aux blessés militaires. Elle eut longtemps un "salon", avant et après la "grande" guerre. Elle connut de nombreuses personnalités, de milieux variés : hommes politiques, ecclésiastiques (Mgr de Gibergues qui fut évêque de Valence, Mgr Maurice Rivière qui fut évêque de Périgueux puis archevêque d'Aix-en-Provence, et son frère Mgr Pierre Rivière qui fut évêque de Monaco, lun et lautre fils d'un architecte parisien), militaires (dont le maréchal Lyautey), membres de lAcadémie française (par ex. Henri de Régnier, René Domic, qui fut directeur de la Revue des Deux mondes de 1916 à 1937), de lInstitut, et de la haute société (dont la duchesse dUzès, la comtesse dHaussonville [propriétaire du château de Coppet, qui avait été celui de Mme de Stael], le marquis et la marquise de Dion, la marquise de Trévise [propriétaire du château de Sceaux], des modèles de Proust [dont la veuve de Bizet, devenue Mme Strauss, dans son salon rond du boulevard Haussmann]). Elle se souvenait avoir rencontré l'ancienne Impératrice Eugénie, accompagnée d'une dame de compagnie, rue de Rivoli à Paris, avant la Première guerre. Son père lui avait raconté avoir vu souvent passer la souveraine dans une calèche escortée de lanciers, et le petit prince impérial se rendant dans un équipage au bois de Boulogne, par l'avenue de l'Impératice (devenue l'avenure Foch).

Roger le Tourneau (1907-1971), ancien élève de l’École Normale Supérieure, Docteur ès lettres, professeur à partir de 1930 au collège Moulay-Idris à Fès, dont il fut nommé directeur en 1934. Nommé directeur de l’Instruction publique de Tunisie en 1941, il fut arrêté par les Allemands après leur débarquement ; déporté en Allemagne, il fut ensuite remis à la disposition du Gouvernement de Vichy et assigné à résidence. Il tenta de se rendre en Afrique du Nord, mais fut arrêté et emprisonné en Espagne. Après la Libération, il fut professeur puis doyen de la Faculté des lettres d’Alger. En 1957, il se fit élire professeur à la Faculté des lettres d’Aix-en-Provence, où il fonda et fut le directeur du Centre de recherches et d’études sur les sociétés méditerranéennes (laboratoire du CNRS). Il fut professeur invité à Princeton. Auteur de nombreux ouvrages sur la civilisation musulmane et l’Afrique du Nord, dont La Vie quotidienne à Fès avant le protectorat, Histoire du Maroc moderne, L’Evolution politique de l’Afrique du Nord de 1939 à 1962, L’Islam contemporain. Chevalier de la Légion d’honneur.

L’ainé de ses sept enfants, Louis le Tourneau, Saint-Cyrien, séjourna en Afrique de 1957 à 1960, comme officier méhariste, puis de 1962-1964 en tant qu’officier du service géographique de l’armée. Il a relaté cette période de sa vie dans un ouvrage en trois volumes, abondamment illustrés, Aventures africaines (éd. Mémoires d’hommes, 2006, 9 rue Chabanais, 75002 Paris; 50 euros; frais de port compris, memoiresdhommes@wanadoo.fr. - T. 1 et 2, Méhariste au jour le jour, Mauritanie, 1957-1960 ; t. 3, Géographe, Mauritanie et Niger, Haute-Volta et Côte d'Ivoire, 1962-1964). C’est Louis, fort de son expérience, qui a « saisi » la plus grande partie les notes de route d’Alban Laibe, Au pays des hommes voilés, les mit au point et les annota (V. la rubrique Alban Laibe).

Jean-Jacques le Tourneau (1908-1999). Fils de Marcel le Tourneau et de Marie Grouvelle (1883-1969, elle-même fille d’Antoine Grouvelle), Jean-Jacques le Tourneau épousa en 1924 Geneviève Barbe (née en 1908, fille de Louis Barbe [1883-1911], ingénieur de l’École centrale ; organiste et pianiste, elle a été formée par la nièce de Liszt). Ils eurent sept enfants (Gérard, Bertrand, Philippe, Dominique, Christian, Xavier et Marie-Béatrice [Mme Dominique-Jean de Quina]).

Il était ingénieur de l’école nationale des mines de Paris (promotion 1928) et licencié en Droit, lieutenant d’artillerie de montagne (sur le front des Alpes du sud en 1939-1940). Il avait été brièvement aide de camp du Roi Alphonse XIII d’Espagne, après l’abdication de celui-ci en 1931. Entré à Saint-Gobain en 1932, chef du service administratif puis des transports (1942-1948), adjoint au directeur du département des produits chimiques (1948-1955), il fonda en 1955 le service des accords techniques et des affaires extérieures en vue de procéder à des transferts de maîtrise industrielle, par des projets sains et profitables pour toutes les parties. Il réalisa dans cet esprit des complexes industriels dans le monde entier. Il fut le directeur de ce service des accords techniques et des affaires extérieures à Saint-Gobain puis, à la suite de fusions, à Péchiney-Saint-Gobain, enfin à Rhône-Poulenc jusqu’en 1973. Président (1973-1978) de la Compagnie pour la cession de licences (Cofral), puis président d’honneur. Il avait été administrateur de sociétés en Espagne, France, Grèce, Hollande, Inde, Italie, au Mexique et au Pakistan, conseiller du commerce extérieur et président de sa commission d’Europe méridionale (1967-1973).

Administrateur de la Caisse centrale d’allocations familiales de la région parisienne (1946-1954), membre de la commission administrative de l’URSSAF de la région parisienne (1948-1954) et président de la commission de contrôle de l’URSSAF (1952-1954). Membre fondateur de la Confédération générale des cadres (CGC), de la Fédération nationale des cadres des industries chimiques et du Syndicat des cadres des industries chimiques. Membre du comité directeur et de la commission de doctrine de la CGC (1945-1954), secrétaire général du Syndicat des cadres de la chimie (1950-1954), membre d’honneur du comité confédéral et du comité directeur de la CGC (à partir de 1954). Il milita toujours pour une réelle participation (et pas simplement pour l’intéressement des salariés).

Auteur de nombreux articles économiques publiés dans Le Creuset, Cadres de France, Le Creuset-La Voix des cadres, le Bulletin du Syndicat national des cadres de la chimie.
Nota. A l’époque où J.-J. le T. était à la CGC, celle-ci avait la culture de propositions constructives ainsi que la recherche de l’intérêt général et du bien commun ; et non pas la posture qui est la sienne depuis quelques années d’opposition systématique à toute réforme, d’appels à la grève et de participation à des manifestations aussi fréquentes que stériles.

Professeur à l’Essec (1973-1977). Chevalier de la Légion d’honneur.

Selon Jacques Hertz (décédé en 2005, ancien élève de l’École polytechnique, chevalier de la Légion d’honneur), son plus proche collaborateur pendant de nombreuses années, Jean-Jacques le Tourneau « était un homme brillant, non conformiste, enthousiaste, ouvert aux autres, entreprenant, parfois aux limites de ce qui était possible. Il ne s’est pas soumis aux normes de la réussite. Dans de nombreux pays, il a fait rayonner l’éclat de notre créativité, de notre humanisme et de notre foi dans une solidarité universelle : l’Italie, la Grèce, l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Algérie, l’Union Soviétique, le Canada, le Liban, la Jordanie, le Pakistan, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Yougoslavie et d’autres pays encore ont été marqués de son empreinte (... ) Avec l’appui sans faille de la Compagnie de Saint-Gobain, puis dans le cadre d’une entreprise créée de toutes pièces, J.-J. le Tourneau et l’équipe qui lui a été fidèle, ont mis en oeuvre dès les années 1950 la pratique la plus nécessaire à notre temps, le PARTAGE : partage du savoir, partage de la technique, partage du management, partage des marchés, partage de la formation, partage des risques. Il fallait un esprit de grande classe pour convaincre les pouvoirs de faire dans leurs stratégies une place pour le service des autres et pour faire passer sur leurs entreprises ce souffle vivifiant. Les nombreux ingénieurs, techniciens, financiers, juristes et commerçants auxquels J.-J. le Tourneau a ouvert de nombreux horizons lui en sont toujours reconnaissants. Ils lui doivent une bonne part de leur épanouissement personnel. Ils ne l’oublieront pas » (extrait d’une notice publiée dans Mines, Revue des Ingénieurs, mai-juin 1999).

Jean-Jacques (dit James) Pradier (1790-1852), né à Genève. Satuaire très célèbre dès son vivant, membre de l’Académie des Beaux Arts (élu en 1827), officier de la Légion d’honneur, James Pradier était l’ami de la plupart des artistes et des écrivains de son époque, qui se pressaient dans son salon. Tous les musées du monde convoitent d’avoir de ses oeuvres (les musées du Louvre et d’Orsay en possèdent plusieurs), qui sont très nombreuses (environ 350 connues). Il sculpta notamment, à Paris, la fontaine Molière, la Renommée sur l’Arc de triomphe, la Justice et l’Ordre public (statues encadrant la tribune du président de l’Assemblée nationale), les villes de Lille et de Strasbourg place de la Concorde (la dernière sous les traits de Juliette Drouet, qui avait été sa maîtresse avant de devenir le grand amour de Victor Hugo), quatre bas-reliefs sur les pendentifs de la troisième coupole de La Madeleine, les douze Victoires entourant le tombeau de Napoléon, l’Industrie au péristyle de la Bourse, neuf statues sur la façade du Sénat donnant sur le jardin, Phidias dans le jardin des Tuileries ; à Versailles, le mausolée du duc de Berry, dans la cathédrale ; à Dreux, de nombreuses statues des membres de la famille du Roi Louis-Philippe, dans la chapelle nécropole Saint-Louis ; à Avignon, une Vierge dans la cathédrale ; à Nîmes, une importante fontaine place de l’Esplanade ; à Genève, Rousseau, dans l’île du Lac portant le nom de cet écrivain. Il fit le buste du docteur Flaubert (père de Gustave), et de Caroline Flaubert (soeur de Gustave) ; ces deux oeuvres se trouvaient à la mort de Flaubert dans sa demeure (Croisset, près de Rouen). Dumas possèdait dans son chateau de Marly une série de bustes de dramaturges par Pradier. Il est souvent cité par Balzac dans ses romans (et qui possédait un buste de lui). Victor Hugo le cite dans Choses vues 1847-1848, et écrivit un bel article sur lui. Flaubert le cite dans L’Education sentimentale, et très souvent dans sa correspondance (généralement sous l’appellation de «notre Phidias» ou «le Phidias Français» , en souvenir du sculpteur Athénien du Ier siècle avant J.-C.), qui comprend aussi un certain nombre de lettres à Pradier et de réponses de ce dernier. Il utilisa sa mort pour celle de Charles Bovary. La correspondance de Pradier a été publiée par Douglas Siler pour les années 1790 à 1846 (Droz, 3 vol., 1984-1988).
(Je ne suis pas Toulousain et n’habite Toulouse que depuis 1990 ; j’ai été amusé de constater que le nom de Pradier est gravé sur la façade du Palais des beaux arts de cette ville, avec une douzaine d’autres artistes de renom).

Louise Pradier, née Louise d’Arcet (1814-1885), épousa James Pradier en 1833 (elle était veuve, s’étant mariée à 17 ans avec Antoine-Florent Dupont, architecte, qui mourut du choléra quelques mois après, lors de la grande épidémie de choléra). Les Pradier eurent trois enfants, dont Jean-Jacques (dit John, 1836-1912), peintre. Louise Pradier était très belle («une statue de chair, la beauté épanouie, le charme voluptueux» : A. Houssaye, Souvenirs d’un demi-siècle, 1830-1880, Ed. Dentu, 1885, t. I, p. 404). Le salon de Louise Pradier était réputé et recherché : «Il était plus difficile d’avoir droit de cité dans ses salons que d’aller à la Cour. Il fallait pour cela être célèbre, ou avoir plus d’esprit que les hommes célèbres» (A. Houssaye, op. cit., p. 405) ; tous les artistes et écrivains de renom s’y retrouvaient (dont, parmi les écrivains, Balzac, Flaubert, Hugo, Vigny). Louise Pradier donnait des fêtes somptueuses, mais menait une vie désordonnée et ruina sa famille. Elle fut la maîtresse de Flaubert en 1847 et en 1856, qui lui rendit régulièrement visite jusqu’à sa mort. Douglas Siler publia le journal d’une relation de Louise Pradier, relatant la vie de celle-ci (Mémoires de Madame Ludovica, Archives des lettres modernes, 1973, n° 145). Flaubert se serait inspiré de certains épisodes de la vie des Mémoires de Madame Ludovica en écrivant Madame Bovary.

Guillaume-François Rouelle (1703-1770), dit Rouelle l’aîné, fut d’abord apothicaire à Paris (rue Jacob; il existe toujours une pharmacie au même endroit). Il fut professeur de chimie et de géologie au Jardin du Roi (le Jardin du Roi, appelé ensuite Jardin des plantes, se nomme actuellement Muséum national d’histoire naturelle de Paris). C’était, à l’époque, une institution scientifique «de renommée mondiale» (P. Higonnet, Paris capitale du monde, Tallandier, 2005, p. 123), «la base logistique privilégiée de la diffusion des connaissance de pointe dans le secteur des sciences naturelles et physico-chimiques» (P. Chaunu, La Civilisation de l'Europe des Lumières, Arthaud, 1993, p. 220). L’élite intellectuelle du temps se pressait aux cours et expérimentations. Ainsi, suivirent notamment les cours de Rouelle, la comtesse de Brancas, Diderot, Grimm, Lavoisier, Malesherbes, les marquises de Nesles et de Polignac, la comtesse de Pons, Rousseau (qui en parle à deux reprises dans Les Confessions). Membre de l’Académie des sciences, des Académies d’Erfurt et de Stockholm, il était l’ami, entre autres personnalités, de Buffon (le célèbre naturaliste était intendant du Jardin du Roi), de Diderot, d’Helvétius, du baron d’Holbach, de Jussieu, de Lacépède, de Lamarck, de Marmontel et de Suard. Il publia quelques brochures scientifiques.

Hilaire-Marin Rouelle (1718-1799), dit Rouelle le cadet, frère du précédent, chimiste, membre de l’Académie des sciences, professeur de chimie au Jardin du Roi (poste où il succéda à son frère en 1768). Il découvrit l’urée, et publia des brochures scientifiques ainsi que son cours de chimie..

Maurice Travers (1871-1938), docteur en Droit, avocat à la Cour d’appel de Paris, professeur à l’Académie de droit international de La Haye, chevalier de la Légion d’honneur, auteur de nombreux ouvrages (dont La Faillite et la liquidation judiciaire dans les rapports internationaux, 1894 ; De la Puissance paternelle et de la tutelle sur les enfants naturels, étrée, 1907; La Convention de La Haye relative au divorce et à la séparation de corps ; ses effets, 1909 ; Le Droit pénal international et sa mise en oeuvre en temps de paix et en temps de guerre, 5 vol., 1920-1922 ; Les Effets internationaux des jugements répressifs, 1925 ; L’Entraide répressive internationale, 1928 ; La nationalité des sociétés commerciales, 1931 ; Le Droit commercial international, 2 vol., 1932-1938). Il était le mari de Louise Grouvelle (soeur aînée de Marie Grouvelle, épouse de Marcel le Tourneau), et le parrain de Jean-Jacques le Tourneau. Il avait commencé sa carrière comme collaborateur de Strauss, dont la femme, veuve de Bizet, tenait un salon ; elle fut un des modèles de Proust ; c’est chez elle qu’il fit la connaissance de certains membres de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain.

Armoiries de la famille le Tourneau : D’or aux trois hures de gueules posées deux et un.